Les Chroniques de l’Extravertie – Eternelle, chapitre 5

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On bouge mon corps. Je le sens à peine tellement je suis engourdie. Je suis mouillée. Je crois qu’il pleut, ou alors c’est mon sang. Aucune idée. Je croyais que j’étais morte. Tu es morte. Mais non. On me touche. Tu vois bien que je suis vivante. Et puis j’ai mal. Ma jambe. Si mal. Qui est là ? Laïla ? Non, elle a été refroidie ton amie. A cause de toi. Oh oui, c’est vrai… qui alors ? Qu’est ce que j’en sais ? On est inconscientes je te rappelle. J’ai toujours les yeux fermés. Je n’arrive pas à les ouvrir. Je sens ma bouche qui s’ouvre. On verse un liquide dans ma gorge. Ça a un drôle de goût métallique, salé aussi. C’est épais. Je n’arrive pas à décider si j’aime ou non, mais j’avale. Je ne sais pas ce que c’est mais ça me fait du bien. La douleur commence à s’en aller et je respire un peu mieux. J’arrive à ouvrir les yeux mais je ne vois rien. Il fait trop noir. Je sens juste sa présence. C’est un homme. Ses mains sont froides et douce. Il touche mon front. Je l’entends soupirer. Il me soulève complètement et m’emmène. Vite. Très vite. J’ai le vertige. J’essaye de parler. On va où ? Aucun son ne sort de ma bouche. Je sombre à nouveau. Je suis bien dans ses bras. En sécurité.

La pluie tombe sur moi. Je perçois la moindre goutte qui me percute, le moindre souffle de vent, sans pouvoir bouger. Mes yeux sont grands ouverts et encore une fois je ne vois rien. Je sens juste quelque chose à côté de moi. Une forme immobile. Peu à peu, en me concentrant, la vue me revient. Floue d’abord, puis de plus en plus nette. Je vois l’herbe près de ma joue. Elle est si verte. Mais tout le reste est gris. Même moi. Je tourne la tête. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Quelqu’un est couché là. C’est une femme. Elle porte une bombe d’équitation. Je crois que je la connais. Alors que je tends la main pour la toucher, sa tête se tourne lentement vers moi.

C’est Laïla. Elle me sourit, mais son sourire n’atteint pas ses yeux. Elle a juste l’air triste. Elle se redresse péniblement et s’accroupit devant moi. Elle avance sa main dans ma direction. Je la saisis en la fixant. Elle tire sur mon bras et m’aide à me lever. Je regarde autour de moi et je reconnais le cimetière Saint Louis.
– Qu’est ce qu’on fait là ?
Elle sourit à nouveau mais ne dit rien. Elle me fait signe de la suivre. J’obéis. Il pleut toujours. L’herbe est mouillée. Je suis pieds nus mais je n’ai pas froid. Au bout de l’allée de verdure, j’aperçois une tombe encore récente. C’est là que Laïla me conduit. L’angoisse me serre brusquement la gorge. Je n’ai pas envie d’être là. Je ne veux pas voir à qui appartient cette sépulture. Tout mon corps se hérisse à l’idée d’approcher davantage, et pourtant j’avance. Il y a quelque chose de malsain dans l’air. Le ciel s’assombrit. Les nuages deviennent d’un noir d’encre, et l’air lourd et pesant. Pourtant, Laïla me tire inexorablement derrière elle, mètre après mètre. Nous nous arrêtons enfin devant la tombe. Je cesse de respirer l’espace d’une seconde. Il n’y a rien de gravé sur la pierre. Je soupire de soulagement et jette un œil à mon amie. Toujours ce sourire sans joie sur son visage rond. Elle frôle la stèle du doigt et m’incite à l’observer de nouveau.

J’ai un mouvement de recul. Les larmes me montent aux yeux. C’est la tombe de Laïla… son nom apparait lettre après lettre sur la pierre. Je ferme les yeux et me retourne. Une violente nausée me monte aux lèvres. Je me laisse glisser jusqu’au sol. Je fixe mes mains. Elles sont pleines de sang. Laïla vient s’asseoir à côté de moi. Elle ne sourit plus. Son cou est en charpie. Une profonde entaille déverse du sang sur son pull. Et elle me regarde, la tête de travers, les yeux dans le vague. Elle tend à nouveau sa main vers moi. Des vers ont commencé à ronger sa chair et grouillent sur les os de ses doigts.

Je me réveille en hurlant. Je suis en nage et, sur le moment, je ne sais pas où je suis. Une épouvantable migraine m’oblige à me rallonger. Les rideaux de la pièce ont été tiré mais je reconnais la tête de lit en fer forgé. Je suis dans ma chambre, au manoir. Je pleure de soulagement. Je rêvais depuis le début ? Je tâte mon cou, ma jambe, et ne trouve rien d’autre que ma peau lisse, sans entaille. Je suis indemne. Incroyable. Le soulagement me tord littéralement l’estomac.
Je me redresse avec précaution et me lève. J’ai la tête qui tourne. Je m’aperçois que je porte une robe légère. Je fronce les sourcils. Je ne me rappelle pas avoir mis ça. Mais en réalité, je ne me rappelle pas grand chose à part de ce rêve horrible…
Je me retiens au mur de la chambre et avance jusqu’au couloir vers la chambre de Laïla. Je l’appelle plusieurs fois, pleine d’espoir. C’était un rêve. Le cimetière, la forêt. Les vampires. J’ai tellement envie d’y croire que je cours presque jusqu’à sa porte, malgré mes vertiges. Je l’ouvre en grand. Il n’y a personne. Je passe dix longues minutes à la chercher dans toute la maison. Pas de mot. Pas de message sur mon portable. Pas de Laïla. Un gémissement monte dans ma gorge. Non… Si…
Je monte même au grenier avant de regarder la réalité en face. Laïla est morte. L’épisode de la forêt est bien réel. Elle n’est plus là. Je suis toute seule. C’est ma faute.
Alors qu’est ce que tu fous là ? Qui t’a ramenée ici ? Pourquoi tu n’as plus rien à la jambe et au cou ? Où est Laïla ? La ferme ! Je ne sais pas ! Laisse moi tranquille !
Ma tête n’en finit pas de tourner. Je m’affaisse contre le mur du hall et pose mon front sur mes genoux, que j’entoure de mes bras.
Il faut que je retourne dans les bois, que j’aille la chercher, que je l’enterre. Pas question d’appeler les flics. Ils me prendraient pour une cinglée et penseraient que c’est moi qui l’ai tuée. Je prends appui sur mes mains et je me relève lentement.

Dehors, je constate évidemment que la voiture n’est pas dans l’allée. Tu croyais quoi ? On t’a déjà mise au pieux. On n’allait pas te ramener ta caisse par dessus le marché ! Je ferme les yeux et souffle lentement. Calme-toi… tu vas prendre le double des clés et appeler un taxi. C’est facile. Tu vas y arriver… J’inspire profondément et hoche la tête d’un air décidé.

Le taxi me dépose une heure plus tard au centre hippique. Je constate avec soulagement que Beccha n’est pas encore arrivée. Elle doit travailler l’après midi aujourd’hui.
– Je vous attends ? demande le chauffeur, agacé.
C’est la deuxième fois qu’il pose la question. Je repère ma voiture là où Laïla l’a garée hier. Elle n’a pas bougé.
– Non, merci. Je me débrouillerai.
Je paye ma course et le regarde s’éloigner en direction de la ville. J’attends qu’il ait passé le tournant avant de m’élancer vers l’orée des bois. Je me souviens très exactement de l’endroit où nous a laissées Damien. Lorsque j’arrive au début de la piste balisée, je me fige sur place. Laïla et Volute ont disparu. Il a bien plu cette nuit. Ça non plus, ce n’était pas un rêve. J’avance en tremblant vers la forme que leurs corps ont laissée dans la boue. Ils étaient juste là. J’ai envie de vomir. La bile me remonte dans la gorge et je me mets à crier.
– Qu’est ce que t’en as fait putain ! Où tu les as mis !
Je hurle le nom de mon amie en sachant très bien qu’elle ne répondra pas. Je suis furieuse et terrifiée. Je ne sais plus quoi faire. Je me rends quand même jusqu’aux boxes pour vérifier que Volute n’y est pas. C’est absurde mais je ne peux pas m’en empêcher. La monture de Laïla broute tranquillement sa paille, mais le box vide de Volute me fournit la dernière confirmation que toute cette horreur s’est vraiment produite. Tu t’es mise dans une sacrée merde Sandie. Je sais…

 

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5 réflexions sur “Les Chroniques de l’Extravertie – Eternelle, chapitre 5

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